Le droit de déranger

Mathieu Gohier
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Un mot définit vraiment l’actualité québécoise des dernières semaines : manifestation.

Un mot définit vraiment l’actualité québécoise des dernières semaines : manifestation. Quand ce ne sont pas les étudiants qui font entendre leur vive opposition à la hausse des frais de scolarité, ce sont les travailleuses des CPE qui réclament de meilleures conditions de travail.

Les étudiants ont-ils raison d’exiger le maintien du gel des droits de scolarité? Les éducatrices méritent-elles huit semaines de vacances par année? J’ai une vague position sur les sujets mais là n’est pas la question. Avant d’être pour ou contre, la seule présence de ces manifestations, et par ricochet de ces grèves, nous en dit long sur la vigueur démocratique dans notre société.

J’ai beaucoup lu ce qui s’est dit sur ces grèves et, bien honnêtement, les seuls commentaires m’ayant fait sursauter ne portaient pas sur le désaccord de certains chroniqueurs quant à quelques revendications, mais bien sur l’envie qu’on puisse avoir de retirer le droit de revendiquer sur la place publique. On peut être pour ou contre des idées, mais contre leur expression? Ça, c’est nettement plus dangereux.

Qu’on me comprenne bien, je n’ai pas besoin d’avoir des enfants pour savoir que les grèves tournantes dans les CPE ont dû chambouler les horaires des familles en plus de leur compliquer la vie. Je comprends. Mais n’est-ce pas là que réside le pouvoir de négociation? Oh, la ministre James peut bien dire que les éducatrices prennent les parents en otage, mais si elles ne font pas la grève, elles feront quoi pour se faire entendre? Elles font la grève et c’est leur droit le plus légitime.

Et ce nouveau député de la Coalition avenir Québec (CAQ), Daniel Rathé, qui veut faire des CPE un service essentiel pour limiter le droit de grève. Elle est bonne celle-là! Faire garder ses enfants est un service aussi essentiel que de bénéficier de l’aide des pompiers, des ambulanciers ou des flics en tant que citoyen!

C’est tellement grossier comme façon de faire fermer la gueule aux éducatrices. Si vous êtes contre les manifestations et le droit de parole, dîtes-le M. Rathé, plutôt que de vous cacher derrière le terme « service essentiel ».

Les étudiants

Et on entend la même chose lorsqu’il est question des grèves étudiantes. Vous pensiez vraiment que de faire doubler les frais de scolarité allait se faire sans manif? Sans que les étudiants n’aient eve d’y mettre leur grain de sel? On leur refile la facture, faudrait au moins avoir la décence de les écouter au lieu de bêtement les traiter de « pouilleux » comme dans une mauvaise imitation d’Elvis Gratton.

Chaque fois qu’une grève se déclenche ou qu’une manifestation paralyse les rues, j’ai l’impression de devoir donner le même cours de démocratie 101. On peut être pour, on peut être contre, on peut invoquer des arguments aussi pertinents que ridicules, mais reste que le droit d’exprimer son opinion demeure inaliénable.

La démocratie, c’est un dialogue, un échange, pas une série de décisions imposées. Alors oui, des fois des gens manifestent, oui, ça peut être long et irritant comme processus. Mais le droit de se faire entendre, et de déranger au besoin pour le faire, fait partie de la game.

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