J’haïs courir

Mathieu Gohier
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Écoeuré de ta zone de confort, tu te dis que tu vas pratiquer le sport que tu détestes le plus. Juste ça. (photo: archives)

Ça m’a pris comme ça, soudainement. Je devais aller courir. Pas dans une heure, pas demain, non, maintenant. À 20h un soir de semaine j’ai pratiqué le sport que j’haïs le plus au monde, la course à pieds. Et j’ai un peu aimé ça.

T’as 22 ans. Tu aimes le sport mais tu es pas trop en forme. Ta vie se passe à un rythme effreiné et tu te demandes un peu qu’est-ce qui vaudrait la peine d’être fait pour te sentir vivant. Écoeuré de ta zone de confort, tu te dis que tu vas pratiquer le sport que tu détestes le plus. Juste ça.

J’ai toujours eu, selon moi, d’excellentes raisons d’haïr la course à pieds. D’abord tu cours après rien, si ce n’est que ton souffle. Faîtes-moi jogger derrière un ballon mais pas derrière des chars. Tant mieux pour ceux qui peuvent se muscler le fessier en campagne, mais moi j’habite en ville, et dans celle-ci se trouvent une multitude de voitures, de nieds de poule et d’autres dangeureuses choses qui font de la course à pied un sport extrême.

J’ai également toujours un peu détesté les coureurs eux-même. Regardez-moi, je cours en shorts moulants et espadrilles à 200 balles et c’est même pas difficile. J’ai toujours soupçonné les coureurs d’être des exhibisitonnistes dont le plaisir ne consiste qu’à faire l’étalage de leurs capacités cardio-vasculaires.

Je me suis trompé.

Il est donc 20h un soir de semaine et j’ai une rage de course à pieds. En vitesse je trouve une vieille paire de shorts et un t-shirt. Merde, ou est-ce que j’ai laissé mes espadrilles, celles qui sont un peu laides mais bonnes à autre chose qu’avoir du style? Enfin trouvées, je les dépoussière. Go, je pars.

Le pas léger, j’entâme le premier bloc avec enthousiasme. Après quelques foulées, je me dis que ce n’est vraiment pas si pire et que les derniers mois passés assis sur mon derrière n’ont pas trop affecté ma condition physique. Mes jambes se réchauffent et j’ai l’impression que je pourrais courir un marathon ou deux à l’instant même. J’aime soudainement la course à pieds.

Deuxième bloc. Bon, j’ai peut-être ambitionné sur mes capacités. Plutôt que d’avoir l’impression que je pourrais courir deux marathons ce soir, un demi ferait l’affaire. Une chance que j’ai une bonne paire d’espadrilles dans les pieds, car ceux-ci commencent déjà à exprimer leur désaccord quant à ma soudaine envie de course. J’apperçois un parc l’horizon. Me semble que ça doit être agréable traverser un parc en courrant.

Arrivée dans le parc. Premier constat, mon cœur bat tellement vite que j’ai l’impression qu’il va me sortir de la poitrine. Deux filles me regardent, assises sur un banc, je rentre un peu le ventre et je prends un air sérieux. C’est un peu ça faire du sport en public. Deuxième constat, deux p’tits gros jouent dans la fontaine. Je sais que ce n’est pas politiquement correct de les décrire comme ça, mais il ne mesurent pas plus que 4 pieds et demi et font de l’embonpoint. C’est un peu pour ça que je cours, même si je fais presque 5’7. Pour ne pas être un p’tit gros.

Fin de la traversée du parc. Je retrouve les trottoirs de mon quartier populaire et je dois avouer que je sens le regard des gens assis sur leur balcon. Ils ont l’air de trouver ça bizarre un gars qui court après son souffle alors qu’être assis sur son balcon à griller une cigarette est beaucoup plus facile. Je les comprends. Je commence à me demander pourquoi il y a 20 minutes j’ai décidé de mettre mes chaussures de sport.

Quatrième bloc. C’est là que j’ai compris les coureurs. Ce sport-là se passe incroyablement dans la tête. Mon visage a la couleur d’un camion de pompiers, je constate une crampe dans mon mollet droit et je dois frôler l’ACV mais ma tête est pour une rare fois peu embrouillée. Mon corps m’implore d’arrêter cette torture mais, étrangement, le cerveau apprécie ce moment de solitude et de concentration. N’empèche que j’ai hâte d’arriver chez moi.

Cinquième bloc. Je suis encore à deux rues de mon appartement et la jambe droite me lâche. Dans une décision unilatérale, elle fait la grève. Je décide donc de marcher. J’ai soudainement aussi soif qu’un dromadaire après une traversée du Sahara alors que mes poumons veulent exploser. Je n’en peux plus.

Arrivée chez moi. Je bois d’un trait un grand verre d’eau et je saute dans la douche. Même après m’être lavé je continue à transpirer et je me sens un peu sur le bord de l’évanouissement. D’un pas lent, je me rends au dépanneur du coin me procurer une savoureuse boisson sportive à la couleur peu naturelle. Je ne pensais pas qu’il était possible d’avoir soif comme ça. Je reviens chez moi, exténué comme jamais après cette demi-heure de course/marche rapide. Bilan? J’ai un peu haïs ça mais je prévois recommencer bientôt. La rage de course n’est pas encore apaisée.

Lieux géographiques: Sahara

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