SAINT-ISIDORE – Du blues bien roots comme on en entend que trop rarement. Zeke, de son surnom, est ce qu’on pourrait appeler un jeune prodige qui a bien vieilli. On imagine bien le petit bonhomme de trois ans s’exercer sur son premier harmonica, puis à huit ans donné son premier concert. D’un âge respectable à présent, ne payant pas de mine, il prend vie avec une force et un lyrisme remarquables, une fois la guitare et l’harmonica en route. On fait alors fi des cheveux gris, des lunettes et du look plutôt sage du musicien et on est capté pas la musique, comme un enfant.
Avec une variété impressionnante d’harmonicas, toutes plus plaisants à entendre les uns que les autres, il a livré un concert riche en sonorités avec une voix profonde, faite pour le blues. Ses guitares vibraient tout autant dans des arrangements musicaux dignes de tous ces grands noms qu’il a côtoyés. La guitare slide, en particulier, menait les rythmes tant lents que plus animés, dans les règles de l’art, baignés d’une dose de folie, Zeke jouant de ruptures harmoniques.
Ce concert était plein de chaleur, comme si la Nouvelle-Orléans s’était ramenée à Saint-Isidore. Un son authentique de bluesman de grandes foules qui, pour une soirée, se livrait intimement devant une vingtaine de spectateurs, au bistro culturel Coeur de village jeudi dernier.
Pour pleinement profiter du spectacle, il faudrait idéalement éteindre les lumières, un peu trop présentes du côté spectateur et offrir une scène surélevée pour le chanteur. Pour pousser le zèle, un petit rideau derrière les artistes en prestation serait de mise, ce qui diviserait l’espace pour plus de proximité et un meilleur son. La contribution volontaire aux spectacles est une solution qu’il faut encourager pour voir ce lieu se développer pour le plaisir d’un grand nombre de mélomanes et de passionnés de culture.
